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Cerexhe | St André

Un peu d'histoire...

L'église actuelle remonte à la fin du 15ème siècle, mais ce n'est pas la première église de la paroisse.

La première église de Cerexhe-Heuseux pourrait remonter au-delà de l'an 1000. Vu la présence à Cerexhe-Heuseux du curé Lambert Hochet dès avant 1352 (cf. Analecta vaticano -Belgia T.1: suppliques de Clément VII, 1342 à 1352 acte 2342 p. 605-En 1342, Lambert Hochet permuta avec Jean Renier de Huy -), l’église actuelle est certainement la 2ème en date si non la 3ème.

Ce que l’on sait de source sûre, c'est que la paroisse faisait partie du concile (doyenné) de Maestricht et de l'archidiaconé de Hesbaye et qu'elle appartenait, financièrement parlant, à la catégorie des églises mediae, c'est-à-dire de 2ème importance.

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Mariette BRAGARD

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Nous savons encore que trois personnes intervenaient dans l'entretien de l'église. Le décimateur - donc le chapitre de Saint Pierre- devait entretenir la nef principale de fond en comble et la cloche banale avec ses cordes, laquelle devait « pouvoir être entendue jusqu'aux confins de la paroisse ». Le petit décimateur - le curé - assurait l'entretien du chœur et les paroissiens supportaient l'entretien des annexes et de tout ce qui est nécessaire à l'administration des sacrements. La tour de défense et les nefs latérales « qu'ils construisirent pour leur commodité » étaient aussi à leurs charges mais à Cerexhe-Heuseux l'église n'eut jamais de nefs latérales ; en ce qui concerne la tour, nous ne savons si elle fut érigée par les paroissiens en vue de se protéger contre les incursions des armées et des pillards mais nous savons qu'elle était à charge de la communauté. En principe le coffre aux archives de la communauté devait être déposé dans la tour. Mention du dit coffre est seulement faite en 1756. En cette année la communauté décida la confection d'un coffre à deux clefs, une pour le bourgmestre André Dor et une pour l'officier Henri de Saive. Le coffre devait rester chez la veuve du bailli Hawotte ou chez le bourgmestre. En 1784, nous le retrouvons chez le bourgmestre Denis Fléron. Depuis on ne fit plus mention du coffre.

Du fait que la responsabilité de l'église était répartie entre trois personnes, nous remarquons dans certaines églises des ensembles architecturaux assez disparates, et nous assistons à des conflits d'attribution entre les trois responsables.

L'église de la fin du 15éme siècle fut édifiée au milieu du cimetière mais elle était dépourvue de chœur et de transept. Elle était donc rectangulaire ; de l’extérieur et surtout de l’intérieur nous remarquons nettement la jonction entre la nef et le transept. Une dalle commémorative encastrée à l’extérieur dans la muraille latérale de droite nous apprend que c’est le curé Stockis qui agrandit l'église.

La cuve baptismale en pierre remonterait au 12ème siècle mais nous ne savons si elle était à Cerexhe avant 1653. Il en est de même de l'autel très modeste qui se trouve derrière la cuve. Aux fonts baptismaux se trouvaient quatre petits vitraux peints dont deux ont survécu. L'un d'eux nous permet de les dater ; ce sont les armes des Stockis : d'argent au lion de sable armé et lampassé d'or rampant contre un tronc d'arbre d'or au chef de sable chargé de trois oiseaux d'argent becqués et pattés d'or. Cimier : le lion de écu. L'autre vitrail représente Saint André, patron de l'église.

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Les bancs sont tellement peu confortables que nous pouvons assurer qu'ils sont vieux mais jusqu'où remontent-ils ? Le premier de la rangée du côté de l'évangile est une espèce de large prie-Dieu et porte gravée l'inscription « banc du seigneur ». Nous savons que la population appelait couramment le châtelain de Heuseux « seigneur échevin » et que la famille de Duffuy obtint de pouvoir placer dans le chœur du côté de l'épître un banc réservé exclusivement à l'usage des châtelains. Par contre nous savons aussi que quoique influents les Duffuy ne s'attribuèrent jamais le titre de seigneur de Cerexhe-Heuseux. S'agissait-il du banc des Duffuy, du banc réservé au seigneur doyen de Saint Pierre ou à son représentant le seigneur voué ?

Parmi les trois autels Louis XIII, les deux latéraux sont blasonnés. Le tableau du maitre-autel représente Jésus en croix, celui de l'autel du côté de l’épître représente le couronnement de la Vierge, celui du côté de l'évangile représente une nativité ; il est daté et signé : Sandberg 1740 ; il est donc postérieur à l'agrandissement de l'église.

Ce qui fait la richesse artistique de l'église, c'est la collection de neuf statues en bois dressées sur des consoles dont certaines sont blasonnées et proviendraient d'une ancienne église de Liège. Trois de ces statues, Saint Antoine Ermite, Saint Roch et Saint Jean Népomucène sont dues au sculpteur liégeois Franck élève d'Evrard. La dentelle du surplis de Saint Jean Népomucène est ravissante de finesse. Quant aux autres, Saint André, Saint Nicolas, l'ange gardien, la Vierge au sceptre, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste, leur origine et leur auteur sont inconnus. Parmi elles, Saint Nicolas pour sa mitre, Saint Roch pour le mouvement de l'ange qui l'accompagne, l'ange gardien pour son drapé, méritent une mention spéciale. À cette magnifique série, il faut ajouter au transept dans des niches de coin Saint Roch et un Sacré-Cœur plus petit.

La chaire de vérité est insignifiante mais porte le blason des Duffuy; rien cependant ne nous permet d'affirmer que la chaire doit être rangée parmi les dons des personnalités liégeoises de 1655. Quant à la riche sépulture que les Duftuy se firent construire dans I ‘église, aucune trace visible n'en subsiste. Les quatre portes à colonnettes torses (deux au fond et deux dans le chœur) n'avaient pas de raison d'être avant 1653. On peut supposer qu'elles furent données par des amis du doyen. Celles du chœur sont surmontées chacune d'un médaillon représentant l'un Saint Pierre de profil et l'autre une femme.

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Revenons à l'histoire de l'église. Le 22/09/1699, l'archidiacre au cours d'une visite constate que le chapitre de Saint Pierre n'a pas de calice à l'église comme l'exige la coutume mais en 1712, il note la présence d'une magnifique pièce d'orfèvrerie datant du commencement du 16ème siècle. C'est un calice de 21 centimètres de hauteur en argent ciselé et gravé avec coupe dorée. Le pied a six lobes gravés d'un Christ et de feuillage. La tige hexagonale traverse un nœud à six boutons losangés portant les lettres « THESUS». La fausse coupe, les armoiries à nœud fleurs de lis, trois par trois, et l'inscription sur le pied « J.F. de Moraiken decanus santi Petri 1752 » ont été refaites. Toujours en 1699, l'archidiacre relève un ostensoir en argent doré de 69 onces donné en 1664 par le curé Jean Stockis, un petit calice en argent de 13/14 onces, un ciboire en argent doré avec coupe en argent et un calice en argent doré pour l’autel de Ste Anne. Rappelons qu’en 1699 l’autel de Ste Anne constituait un bénéfice. Le calice attaché à cet autel provenait probablement de la famille Longle et était destiné au bénéficier.

Le 05/11/1742 aux plaids généraux de la Saint Remy, la communauté décide que « la flèche de la tour menaçant ruine, ils sont d’avis de la démolir et d'y rebâtir un toit carré conformément à celui de l'église de Chainu » (Chaineux).

Suite à cette décision, Jean Chefneux « repreneur de la réédification de la maison pastorale » dirige en 1744 les travaux à la tour. En 1753, le gros œuvre était sans doute terminé par Stéphany dorait le coq, Jean Chefneux réparait la porte du cimetière et Nicolas Fagard la maçonnerie alentour ; on travaillait aussi « aux manottes » et on attachait deux nouvelles cordes à la petite cloche. Le tout aux fais de la communauté.

L'expression « petite cloche » suppose l'existence d'une grosse cloche, la cloche banale à charge du grand décimateur, laquelle ayant été cassée, le 09/11/1733 provoqua une controverse entre le doyen du chapitre et la communauté.

Signalons pour mémoire que sous la Révolution la grosse cloche fut réquisitionnée et livrée à la compagnie de Lannoy, que le 10/03/1801 le curé Jean Denis Moulan fit enterrer son parent l’ex-notaire Sébastien Moulan « dans l’église en face de l’effigie de Saint sebastien. L’autel du côté de l'évangile étant de Sainte Anne et Saint Sebastion, nous pensons que l'effigie pouvait se trouver non loin de l’autel, peut-être même contre le mur lui faisant face. Rappelons que d’autres fidèles furent aussi enterrés dans l’église moyennant un droit de 3Fl.

Au cours de la seconde guerre mondiale, la grosse cloche fut de nouveau enlevée par les Allemands ; elle n’est pas encore remplacée à ce jour.

Le cimetière

Le cimetière actuel de surface réduite (un autre petit cimetière entourait la chapelle de Heuseux) faisait jadis le tour de l'église. Après la construction du chœur par les frères Stockis en 1653, l'église s'avança du côté du chœur jusqu'au mur de clôture du cimetière.

Le cimetière primitif comprenait trois portes étroites : une donnant sur la place (où étaient affichées les proclamations de la cour de justice), une seconde donnant accès à la sacristie et réservée au curé (supprimée aujourd’hui) et une troisième donnant rue de la Laiterie.

Le cimetière présente peu d'intérêt. Vu son exiguïté, les vieilles pierres tombales ont été enlevées et brisées. Nous avons pu en relever l'une ou l'autre assez caractéristique. Dans la partie Nord du cimetière, adossée au mur de l'église, une croix en pierre, bien conservée signale le décès en 1622 de Simon Degueldre. Dans la partie Sud, un fragment de croix sert de marche à l'entrée de la troisième porte vers la rue de la Laiterie ; un autre fragment appuyé contre la muraille porte la date de 1645 ; une croix encastrée dans le mur présente la Sainte Vierge assise tenant son fils sur ses genoux et posant les pieds sur un croissant ; enfin toujours encastrée dans la muraille, une croix gothique très bien conservée attire l'attention.