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Melen | St Job

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Alfred CALIFICE

La paroisse remonte probablement au milieu du IXe siècle. Comme Cerexhe, Herve ou Soumagne, Melen est probablement une paroisse « primitive », soit qui n’a jamais dépendu d’une autre.  À l’origine, elle englobait Evegnée, Tignée et la partie nord de la paroisse de Micheroux.

Selon Jean Mornard, qui a consacré une belle série d’articles à l’église de Melen dans la revue Spot, dont cette notice s’inspire largement, l’actuelle église est probablement la quatrième. La première avait vraisemblablement été édifiée en torchis. Une autre a dû lui succéder. Elle était en piteux état, en 1428. Une troisième subira aussi les injures du temps. Une partie de sa tour s’effondre en 1716. Un long procès s’ensuit, qui oppose la paroisse et le curé à la collégiale Saint-Denis, de Liège, qui perçoit la dîme et nomme le curé. L’affaire traînera jusqu’en 1761. Un accord intervient alors : les paroissiens payeront la tour et feront trente corvées avec autant de charrettes tirées par quatre chevaux pour prendre livraison de matériaux acheminés par la Meuse. Le 4 août 1761, la première pierre est posée. Quinze mois plus tard, tout est fini, hormis la tour. La première messe peut être célébrée. Mais ce n’est qu’en 1774 que l’évêque Charles d’Arberg et Vallengrin consacrera l’église.

Il s’agit d’un bâtiment aux lignes extérieures particulièrement équilibrées et élégantes. Il a été dessiné par Barthélemy Digneffe, un des trois plus grands architectes de la principauté de Liège, alors. On lui doit aussi :

  • une partie de la reconstruction de la collégiale Saint-Jean à Liège,

  • les plans de la Redoute, le casino qui a précédé l’actuel, à Spa. Il s’agissait du plus ancien casino moderne au monde,

  • le bâtiment qui allait devenir le musée d’armes, près de la fameuse Maison Curtius, à Liège, etc…

Certains lui attribuent aussi l’actuel hôtel de ville de Spa, la maison communale de Theux, etc.

Depuis sa construction, l’église de Melen, remarquable par son homogénéité, n’a plus guère changé, si ce n’est que son mobilier s’est enrichi au fil des siècles. Du XVIIIe siècle, elle abrite encore le maître autel, le jubé et les boiseries du chœur, la chaire de vérité et les confessionnaux. La croix du clocher remonte aussi à cette époque. Son coq a été restauré voici une trentaine d’années. Il en avait bien besoin : alors, l’abbé Pierre Grosjean s’était insurgé contre le fait que l’animal exhibait une multitude de « trous de balle » (comprenez que des tireurs s’étaient amusés à viser l’oiseau). Ce qui avait bien fait rire certains paroissiens présents à la messe, ce jour-là.

Du XIXe siècle, l’église conserve le chemin de croix et le grand tableau de l’autel central, qui représente Jésus et ses parents. Ils sont l’œuvre du Liégeois Isidore Lecrenier et datent de 1871-74. A l’époque, le tableau de la Sainte Famille avait été payé 700 francs…

Les orgues, elles, ont été construites par le facteur Comblain, de Blegny, en 1845. Un positif les a complétées en 1865. Il est dû à Leyser et Peereboom, de Maastricht. Les statues du fond de l’église, en terre cuite, ont été achetées 80 francs pièce au sculpteur Joseph Debra, de Verviers, en 1855. Elles représentent sainte Lucie, vierge martyre dont on sollicitait l’intercession contre les maux de gorge, saint Job, le patron de l’église, invoqué contre les affections cutanées et les revers de fortune, et saint Roch, réputé utile pour guérir les maladies contagieuses frappant le bétail, le typhus, la gangrène, la stomatite et le « feu Saint-Antoine », un érésypèle gangréneux qui touchait les cochons. Contre cette affection, on demandait aussi l’aide de saint Antoine ermite, reconnaissable au cochon qui l’accompagne. Dans le chœur, l’église conserve encore les statues de saint Paul (avec son épée) et de saint Pierre (qui détient les clés du Paradis), elles aussi dues à Debra. Plus grands, Pierre et Paul ont été acquis pour 125 francs pièce.

Le joli Crucifix en bois et les statues de Joseph et Marie sont les œuvres des Liégeois Alexandre et Mathieu de Tombay, de Liège, vers 1880.

Un mot encore des vitraux. L’armée belge avait fait exploser un tronçon de la rue Citadelle, croyant ralentir les troupes allemandes, en mai 1940. Des débris de la route avaient alors percé la toiture de l’église et des vitres avaient volé en éclats. D’où la pose de trois nouveaux vitraux (la Vierge, Jésus et Joseph) dès avant la fin de la guerre. Restait le quatrième, à dédier à saint Job. André Biolley, peintre verrier de Liège, écrira au conseil de fabrique, le 29 mars 1945, qu’il ne pouvait concrétiser ce projet rapidement. En effet, le gaz et le charbon nécessaires pour cuire le verre étaient encore rares, à cause du conflit, toujours en cours. Par après, Biolley devra encore affronter les fabriciens qui voulaient un vitrail imitant les traits de la statue de Debra. Or, lui, il prétendait faire œuvre personnelle, d’artiste, avec un Job debout et à la barbe plus longue… Finalement, il devra s’incliner devant le conseil de fabrique : ces têtus de Mélinois payaient et il fallait donc se résoudre à respecter leur choix.

Yves Bastin, historien

 

LE SAINT PATRON DE L'EGLISE DE MELEN.

 

Notes historiques.

L'église paroissiale de Melen est une reconstruction totale, commencée le 4 août 1761 (bénédiction et pose de la première pierre) et achevée à la mi-novembre 1762 (bénédiction du nouvel édifice et messe solennelle le 14 novembre Mais ce fut seulement le 17 novembre 1774 que l'évêque coadjuteur, Monseigneur Charles d'Arberg de Vallengrin vint consacrer la nouvelle église en l'honneur de saint Job et enfermer dans la table d'autel des reliques des saints martyrs Lucidus et Magnus. Cependant, il faut noter que pendant des siècles, dès l'origine de la paroisse, le saint patron de l'église paroissiale de Melen fut saint Martin, le célèbre évangélisateur de la Gaule et évêque de Tours (né en 316, décédé en 397 à Candes, en Touraine), fêté le 11 novembre.

Pendant environ 700 ans, saint Martin fut le seul saint patron de l'église de Melen, jusqu'après 1500.

On lui adjoignit saint Job au début du 16° siècle, sans doute suite aux épidémies de peste qui frappèrent le village en 1560, comme le rapporte le plus ancien registre de la paroisse (un obituaire rédigé à cette époque). Saint Job était invoqué pour les maladies de la peau. Le plus ancien document mentionnant saint Martin et saint Job comme patrons de l'église est le testament, daté du 14 mai 1517 de Johan Lesoinne, l'aîné, qui était alors le locataire de la ferme appelée par la suite « la Cour-sur-l'eau » (Victor Joskin).

Pendant plus d'un siècle, on cita l'église des saints Martin et Job, puis ce dernier passa en première place. Au 18° siècle, on trouve généralement saint Job seul comme patron, quoique en 1742, on retrouve exceptionnellement saint Martin ajouté en second lieu.

La fête de saint Job se célèbre le 10 mai. Par la suite, on lui adjoignit comme patronne secondaire, sainte Lucie, dont la fête a lieu le 13 décembre. (Les vieux Mélinois se souviennent du bal de la sainte Lucie).

 

L'inscription latine gravée au-dessus de la porte d'entrée de l'église constitue un chronogramme qui donne 1762 et indique que le baron de Rosen, seigneur de Melen et Evegnée, a posé la première pierre.

S'il s'agit de changer la titulature de l'église de Melen, le plus logique serait d'en revenir au patron primitif de l'église, saint Martin. On respecterait ainsi l'histoire, les racines, puisque ce saint a été patron de l'église pendant environ 900 ans.

Les deux statues, des saints Pierre et Paul, qui encadrent le maître-autel, datent seulement du pastorat de l'abbé Jean Joseph Spits, qui fut curé de Melen pendant une quarantaine d'années au milieu du 19° siècle et qui voulait embellir. Les deux statues en question datent exactement de 1855 et sont dues au sculpteur verviétois Joseph Debra. Ce dernier est aussi l'auteur des statues du fond de l'église : saint Antoine abbé, sainte Lucie, saint Job et saint Roch.

Si le curé J.J. Spits a choisi saint Pierre et saint Paul pour orner le chœur, c'est peut-être qu'il voulait ainsi marquer sa vénération pour le premier pape de l'église et pour le grand évangélisateur des premiers temps. Mais ce n'est pas une raison pour les adopter comme nouveaux patrons de l'église. À noter qu'au temps du curé Spits, subsistait toujours dans le clocher une cloche dédiée à saint Martin, datant de 1522, et pesant 259 kgs.

 

Une autre cloche, plus grosse, de 465 kgs était la cloche décimale fournie par la collégiale saint Denis de Liège, patronne de la paroisse de Melen (où elle nommait les curés et avait les grosses dîmes), cloche qui, fêlée, fut refondue en 1771 par la firme Chaudoir de Liège, pour le prix de 110 florins 12 patars. Ces deux cloches restèrent dans la tour jusqu'en 1869, année où le curé Spits les fit remplacer par 3 cloches plus lourdes, accordées par ton (la, sol, fa) et pesant 526, 837, et 1152 kgs – fondues par la firme van Aerschot, de Louvain.

La cloche saint Martin fut donnée à l'église de Tignée (la nouvelle paroisse de Tignée-

Evegnée fut détachée de la paroisse de Melen en 1842) où elle périt dans l'incendie allumé par la foudre au début du 20° siècle.

 

DOCUMENTS.

-Échevins de Liège, série Convenances et Testaments, registre 26 folio 337 v°

Testament de Jean Lesoinne l'aîné, habitant la Cour à Melen et de son épouse Isabeau duvivier, en présence du maire et des échevins de la Cour de Justice de Melen. Les deux testateurs font lire et approuver leur testament, qui sera enregistré aux échevins de Liège (N.B. le registre de la Cour de Justice de Melen, de l'époque, est perdu depuis très longtemps).

« Au nom de la sainte trinité, père, fils et saint esprit, Amen.

Nous Johan le soen de melen et Isabeau Duvivier, de Herve, conjoints extans en nos bons

Sens… considérants que .... recommandons nos âmes… élisons les sépultures de nos corps en cimetiere de l'église sains martin et job audit melen… (14 mai 1517).»

 

-Echevins de Liège, série Convenances et Testaments, folio 240

Le 22 août 1527, testament de Johan Bastin de Xhéneumont demeurant à Evegnée, paroisse

de Melen : « ...je recommande mon âme …

j'élis la sépulture de mon corps en la cimetière de la chapelle d'Evegnée ou bien là où il

plaira à ma femme et à mes enfants (N.B.il a été enseveli dans la chapelle même, au milieu de l'allée avant le chœur, sous la belle dalle armoriée qui est maintenant dressée contre le mur du porche, à droite à l'intérieur, depuis la récente restauration).

...je laisse à l'église de saint Martin à Melen, mon patron principal, une rente de 1 muid

d'épeautre pour y célébrer et chanter annuellement l'anniversaire de moi et d'Ailid mon

épouse, à prendre sur les biens de feu Gathoie en la ville de melen (ce testament fut fait en présence du curé de Melen, Bauduin de fléron).»

 

Jean MORNARD, historien.